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Terrain

Immunité, infections répétées et terrain

Les infections ORL et respiratoires à répétition, les convalescences longues, la susceptibilité aux virus saisonniers et la lenteur cicatricielle traduisent un terrain immunitaire affaibli. Les statuts en vitamine D, zinc, fer fonctionnel et sélénium conditionnent directement la réponse immunitaire innée et adaptative. Le microbiote intestinal est l'acteur central de l'éducation et de la régulation du système immunitaire.

Plus de 70 % des cellules immunitaires résident dans le tissu lymphoïde associé à l'intestin (GALT, gut-associated lymphoid tissue). La barrière intestinale et le microbiote sont les premières lignes de défense contre les pathogènes, et leur état conditionne la qualité de la réponse immunitaire systémique. Un terrain immunitaire affaibli résulte presque toujours d'une combinaison de déficits micronutritionnels, d'une dysbiose intestinale et d'un état inflammatoire chronique qui épuise les ressources immunitaires.

Les micronutriments immunomodulateurs clés

Vitamine D

La vitamine D est un immunomodulateur majeur. Elle active les macrophages (production de cathélicidine et défensines, peptides antimicrobiens), régule la balance Th1/Th2 (réduction du risque d'auto-immunité), et stimule la différenciation des cellules T régulatrices (Treg) qui préviennent l'hyperinflammation. Un taux suffisant pour prévenir le rachitisme (autour de 50 nmol/L) n'est pas nécessairement associé à une fonction immunitaire optimale, que la littérature situe plus haut : 75 nmol/L et au-delà (Holick et al., <em>J Clin Endocrinol Metab</em>, 2011). Des niveaux bas sont associés à une susceptibilité accrue aux infections respiratoires virales, une réponse vaccinale diminuée et une convalescence prolongée.

Zinc

Le zinc est indispensable au développement et à la fonction des cellules immunitaires : prolifération des lymphocytes T, activité des cellules Natural Killer (NK), production d'anticorps par les lymphocytes B. Il inhibe directement la réplication de certains virus à ARN (coronavirus, rhinovirus) en bloquant l'ARN polymérase virale. Un déficit en zinc réduit la production de thymosine (hormone thymique), compromettant la maturation des lymphocytes T.

Fer fonctionnel

Le fer est nécessaire à la prolifération des lymphocytes T activés (la synthèse d'ADN requiert la ribonucléotide réductase, enzyme ferro-dépendante) et à l'activité des macrophages (production de radicaux libres bactéricides via la myéloperoxydase). Paradoxalement, un excès de fer circulant alimente la croissance bactérienne. La ferritine intracellulaire séquestre le fer lors d'une infection (réponse de phase aiguë) : c'est une stratégie défensive.

Sélénium

Le sélénium est un cofacteur des thiorédoxine réductases et glutathion peroxydases, les principaux systèmes antioxydants des cellules immunitaires. Il régule la réplication virale (des études montrent qu'un déficit sélénique accélère la mutation de virus à ARN vers des formes plus virulentes) et stimule la réponse cytotoxique des lymphocytes T.

Vitamine C

La vitamine C s'accumule dans les phagocytes à des concentrations 50 à 100 fois supérieures au plasma. Elle soutient les fonctions phagocytaires (chemotaxie, phagocytose), stimule la différenciation des lymphocytes T et NK, et régénère la vitamine E dans les membranes cellulaires immunitaires. Un déficit en vitamine C allonge la durée des infections et retarde la cicatrisation.

Le microbiote intestinal comme régulateur immunitaire

Le GALT contient plus de 70 % des cellules immunitaires de l'organisme. Le microbiote intestinal éduque et régule en permanence ce système immunitaire digestif. Les bactéries productrices de butyrate (Faecalibacterium prausnitzii, Roseburia intestinalis) stimulent la différenciation des cellules T régulatrices dans la muqueuse intestinale, réduisant le risque de réactions inflammatoires excessives. Les bactéries filamenteuses segmentées (SFB) dans l'intestin induisent la différenciation des cellules Th17, importantes pour la défense des muqueuses.

Une dysbiose intestinale réduit la diversité des signaux éducateurs pour le système immunitaire, génère une perméabilité intestinale accrue (passage des LPS), active l'inflammation chronique et épuise les ressources immunitaires qui auraient dû être disponibles pour répondre aux infections.

L'approche en consultation

  • Vitamine D 25-OH (cible fonctionnelle 80–130 nmol/L)
  • Zinc érythrocytaire ou plasmatique
  • Fer, ferritine, coefficient de saturation de la transferrine
  • Sélénium
  • Vitamine C (leucocytaire si disponible)
  • NFS complète avec formule différentielle (lymphocytes, neutrophiles)
  • IgA sécrétoires (barrière muqueuse)
  • CRP ultrasensible (charge inflammatoire)

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Références scientifiques

  • Holick MF et al. Evaluation, Treatment, and Prevention of Vitamin D Deficiency: an Endocrine Society Clinical Practice Guideline. J Clin Endocrinol Metab, 2011;96(7):1911-30. doi:10.1210/jc.2011-0385
  • Prasad AS. Zinc in human health: effect of zinc on immune cells. Molecular Medicine, 2008;14(5-6):353-7. doi:10.2119/2008-00033.Prasad
  • Cryan JF et al. The Microbiota-Gut-Brain Axis. Physiological Reviews, 2019;99(4):1877-2013. doi:10.1152/physrev.00018.2018
  • Maggini S, Wintergerst ES, Beveridge S, Hornig DH. Selected vitamins and trace elements support immune function by strengthening epithelial barriers. Br J Nutr, 2007. doi:10.1017/S0007114507965000
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